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Refaire son site sans tout casser : ce qu'on garde, ce qu'on jette

Une refonte se joue avant la première maquette, au moment du tri. Voici comment décider, page par page, ce qui se garde et ce qui disparaît.

Yanis Benkechida · 23 août 2026 · 11 min de lecture
Refaire son site sans tout casser : ce qu'on garde, ce qu'on jette

La plupart des refontes commencent par une maquette. C'est l'étape la plus agréable, et c'est rarement la bonne première étape.

Une refonte se joue d'abord sur un tri : quelles pages conserver telles quelles, lesquelles réécrire, lesquelles supprimer, et lesquelles créer. Ce tri décide de la charge de travail, du budget et surtout de ce que vous garderez de votre référencement. Cet article détaille comment le mener.

Pourquoi le tri passe avant le design

Trois raisons, toutes concrètes.

  • Il détermine le budget. Reprendre quinze pages ou en reconstruire quarante ne représente pas le même travail. Tant que le tri n'est pas fait, aucun devis n'est autre chose qu'une estimation à l'aveugle.
  • Il protège votre visibilité. Les pages qui vous amènent des visites doivent être identifiées avant qu'on ne touche à quoi que ce soit, sinon elles disparaissent sans que personne ne s'en aperçoive.
  • Il évite de reproduire les défauts. Une refonte qui reprend l'arborescence existante sans la questionner produit un site plus beau avec les mêmes problèmes de navigation.

Le tri se fait sur un tableau, pas dans une conversation. Une ligne par page existante, et quatre colonnes : ce qu'elle apporte, ce qu'elle vaut, ce qu'on en fait, et vers quoi elle pointera après.

Les quatre chiffres à mettre en face de chaque page

Avant de décider quoi que ce soit, il faut de la matière. Quatre informations suffisent, toutes accessibles gratuitement.

  • Le nombre de visites reçues sur douze mois. Il révèle presque toujours que quelques pages font l'essentiel, et qu'une majorité n'est jamais consultée.
  • Les requêtes qui amènent sur la page. La Search Console vous les donne. Elles vous disent ce que la page fait réellement, qui diffère parfois de ce pour quoi elle avait été écrite.
  • Les liens externes qui pointent vers elle. Un lien depuis un annuaire professionnel, un partenaire ou un article de presse a de la valeur. Supprimer la page sans rediriger la détruit.
  • Les demandes générées. Si vous pouvez les rattacher à une page, c'est l'information la plus décisive de toutes.

Une remarque de méthode : ne faites pas ce relevé au jugé. Une page dont vous êtes fier peut n'avoir reçu aucune visite en un an, et une page oubliée peut être votre première porte d'entrée.

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La règle de tri, en quatre décisions

Chaque page reçoit une décision et une seule. Voici les critères.

  • Garder telle quelle. La page reçoit des visites, répond bien à sa requête, et son contenu reste exact. On conserve l'adresse et le texte, on adapte seulement la mise en page. C'est le cas le plus rentable et le plus souvent négligé.
  • Réécrire en conservant l'adresse. La page est bien positionnée mais son contenu a vieilli ou ne convainc plus. On garde l'adresse, ce qui préserve l'acquis, et on refait le texte.
  • Fusionner. Deux ou trois pages traitent du même sujet et se font concurrence. On les réunit en une page complète, et on redirige les anciennes adresses vers elle.
  • Supprimer. La page n'a ni visite, ni lien, ni utilité. On la supprime et on redirige son adresse vers la page la plus proche, jamais vers l'accueil.

Un principe traverse ces quatre décisions : l'adresse est un actif distinct du contenu. On peut refaire entièrement un texte en gardant son adresse, et c'est presque toujours le bon choix quand la page est positionnée.

Ce qu'on garde presque toujours

Certains éléments méritent d'être conservés par défaut, sauf raison précise de faire autrement.

  • Les adresses des pages qui reçoivent des visites. C'est la règle la plus importante. Changer une adresse sans nécessité revient à jeter du capital.
  • Les avis et témoignages. Ils se réutilisent tels quels et ils restent la preuve la plus efficace.
  • Les photos de vos réalisations. Elles ne se rachètent pas. Récupérez les fichiers en pleine définition avant toute manipulation.
  • Les contenus qui se positionnent. Même s'ils vous semblent mal écrits. Améliorez-les plutôt que de les remplacer par un texte neuf qui repartira de zéro.
  • Le nom de domaine. Sauf changement de marque avéré, il porte toute votre ancienneté.

Ce qu'on jette sans regret

À l'inverse, une refonte est l'occasion de supprimer. Un site qui ne perd jamais de pages accumule ses défauts.

  • Les pages sans visite depuis deux ans et sans lien entrant. Elles diluent le site sans rien apporter.
  • Les doublons. Plusieurs pages sur le même sujet se concurrencent et Google en choisit une, souvent pas celle que vous auriez choisie.
  • Les actualités périmées. Un événement de 2019 en page d'accueil fait douter de l'activité de l'entreprise.
  • Les fonctionnalités inutilisées. Un espace membre sans membres, un forum vide, un moteur de recherche interne que personne n'utilise. Chacune ajoute du poids et une surface de panne.
  • Les pages de service abandonné. Si vous ne vendez plus une prestation, la page attire des demandes que vous devrez décliner.

La suppression n'est jamais une perte sèche : chaque adresse supprimée doit être redirigée vers la page la plus proche, ce qui transfère l'essentiel de sa valeur.

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Les pièges du tri

Quatre erreurs reviennent, et elles coûtent toutes de la visibilité.

  • Trier au goût plutôt qu'aux chiffres. La page que vous trouvez la plus réussie n'est pas forcément celle qui travaille. Le tableau tranche mieux que l'intuition.
  • Changer toutes les adresses parce qu'on change de structure. Une nouvelle arborescence n'oblige pas à renommer les pages qui fonctionnent. On peut réorganiser la navigation sans toucher aux adresses.
  • Oublier les images et les documents. Une plaquette au format document ou une photo liée depuis un autre site ont aussi des adresses, et elles se cassent aussi.
  • Supprimer avant d'avoir la sauvegarde. Une copie complète de l'ancien site, vérifiée, avant toute manipulation. C'est la précaution qui permet de revenir en arrière.

Le calendrier d'une refonte bien triée

Voici un déroulé qui fonctionne, et où le tri occupe la place qui lui revient.

  • Semaine 1 : l'inventaire. La liste complète des adresses avec leurs quatre chiffres. C'est l'étape la moins spectaculaire et la plus rentable.
  • Semaine 2 : le tri. Une décision par page, et le tableau de correspondance des anciennes vers les nouvelles adresses.
  • Semaines 3 et 4 : les contenus. Réécriture de ce qui doit l'être, en s'appuyant sur les requêtes réellement constatées.
  • Ensuite : la conception et l'intégration, sur une adresse de travail séparée, pendant que le site actuel continue de fonctionner normalement.
  • La bascule : redirections activées dès le premier instant, testées sur la liste complète et non sur quelques exemples.
  • Les 30 jours suivants : surveillance des pages introuvables, vérification des formulaires, suivi du positionnement.

Le tri occupe donc les deux premières semaines sur un projet qui en compte six à huit. C'est peu, et c'est ce qui détermine tout le reste.

Le tri des fonctionnalités, pas seulement des pages

On trie les pages, on oublie presque toujours les fonctionnalités. Elles méritent le même examen, et le gain est souvent plus important.

  • Listez ce que le site sait faire. Formulaires, espace membre, moteur de recherche interne, filtres, calculateurs, chat, inscription à une lettre d'information.
  • Mettez un usage réel en face de chacune. Combien d'inscriptions par mois, combien de recherches internes, combien de connexions à l'espace membre. Beaucoup afficheront zéro.
  • Supprimez ce qui ne sert pas. Chaque fonctionnalité inutilisée ajoute du poids, des mises à jour et une surface de panne, pour un bénéfice nul.
  • Réparez ce qui sert mais fonctionne mal avant d'envisager quoi que ce soit de nouveau. Un formulaire dont les messages n'arrivent pas coûte plus cher que l'absence de formulaire.

Ce tri est souvent le plus rentable de tous, parce qu'il allège le site et réduit son entretien, sans rien retirer à ce que voit le visiteur.

Qui décide, et sur quoi

Le tri fait remonter des désaccords, et il vaut mieux savoir à l'avance qui tranche quoi.

  • Les chiffres tranchent la conservation. Une page qui reçoit des visites et des liens se garde, même si personne dans l'entreprise ne l'aime.
  • Le dirigeant tranche la suppression d'une offre. Retirer la page d'un service est une décision commerciale, pas technique.
  • Le prestataire tranche la faisabilité. Conserver une adresse, fusionner deux pages, rediriger une arborescence entière : c'est lui qui sait ce que cela implique.
  • Personne ne tranche seul sur le contenu positionné. Une page qui travaille se réécrit à deux, avec les requêtes constatées sous les yeux.

Désigner un décideur unique côté entreprise reste la règle la plus utile. Au-delà de deux interlocuteurs, le tri s'enlise et le projet avec lui.

Ce que le tri révèle souvent sur l'entreprise

L'exercice a un effet secondaire que personne n'anticipe : il met à plat des questions qui n'ont rien à voir avec le site.

  • Des offres qui n'existent plus. Une page décrit une prestation abandonnée depuis deux ans, et personne ne s'en était aperçu. Le tri force la décision.
  • Des cibles qui ont changé. Les requêtes qui amènent des visiteurs ne correspondent plus aux clients que vous voulez. C'est une information commerciale précieuse, obtenue gratuitement.
  • Un vocabulaire décalé. Vos pages emploient vos mots de métier, vos clients en tapent d'autres. Le tri le rend visible, et la réécriture peut s'appuyer dessus.
  • Une page inattendue qui travaille. Un article écrit à la va-vite il y a trois ans amène le tiers de vos visites. C'est souvent la découverte la plus utile, et elle réoriente la refonte.

Ces constats ne sortent d'aucun atelier de réflexion : ils sortent du tableau. C'est une raison de plus pour faire le tri avant la maquette, et non l'inverse.

Questions fréquentes

Combien de pages garde-t-on en général ?

Cela dépend entièrement de l'état du site, mais il est fréquent qu'une minorité de pages fasse l'essentiel des visites. Le tri consiste précisément à identifier laquelle, plutôt qu'à appliquer une proportion générale.

Peut-on garder le contenu et changer seulement le design ?

Oui, et c'est souvent le meilleur rapport entre coût et résultat quand les contenus se positionnent. On conserve les adresses et les textes, on refait la présentation et la structure technique.

Que faire d'une page bien positionnée mais mal écrite ?

La réécrire en gardant son adresse. Vous conservez l'acquis et vous améliorez ce que voit le visiteur. La supprimer pour recréer une page neuve ailleurs revient à repartir de zéro sans raison.

Faut-il rediriger les pages supprimées ?

Toujours, vers la page la plus proche par le sujet. Un renvoi massif vers l'accueil est traité comme une page introuvable et fait perdre l'intérêt de la redirection.

Comment savoir quelles pages reçoivent des liens externes ?

La Search Console fournit une liste des pages les plus liées. Elle suffit dans la plupart des cas pour repérer celles qu'il ne faut surtout pas supprimer sans redirection.

Peut-on refondre par étapes ?

Oui, et c'est plus sain sur un site volumineux. On traite d'abord les gabarits les plus visités, puis le reste, à condition que les deux versions cohabitent proprement pendant la transition.

Combien de temps garder l'ancien site en sauvegarde ?

Au moins six mois après la bascule. C'est le délai pendant lequel on découvre encore des contenus ou des adresses oubliés, et une sauvegarde complète coûte moins cher qu'une reconstitution.

Faut-il garder le même nom de domaine ?

Sauf changement de marque avéré, oui. Le domaine porte votre ancienneté et l'essentiel de votre visibilité. En changer impose de rediriger l'intégralité du site et de reconstruire une partie de l'acquis.

Que faire des pages qui reçoivent des visites mais aucune demande ?

Les garder et les retravailler, pas les supprimer. Elles amènent du monde, ce qui est la partie difficile. Il reste à leur ajouter ce qui manque : une preuve, un moyen de contact évident, une réponse aux objections.

Le tri peut-il se faire sans accès aux statistiques ?

Difficilement, et c'est le premier problème à régler. La Search Console est gratuite et donne l'essentiel. Sans données, le tri se fait au jugé, et c'est exactement ce qu'il faut éviter.

En résumé

Une refonte commence par un tableau, pas par une maquette. Une ligne par page, quatre chiffres en face, et une décision parmi quatre : garder, réécrire, fusionner, supprimer.

L'adresse est un actif distinct du contenu : on peut tout refaire en la conservant, et c'est presque toujours le bon choix quand la page travaille. Le reste se redirige, page par page, vers ce qui s'en rapproche le plus. Nous commençons chaque refonte par ce tableau, avant la première maquette, parce que c'est lui qui détermine le budget et ce que vous conserverez.

Yanis Benkechida

Yanis Benkechida

Fondateur de Widesign · agence digitale Son parcours

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